Le retour de Compostelle, face cachée du pèlerinage

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Aller vers Compostelle est une merveilleuse étape du pèlerinage de Saint Jacques… D’une traite ou par morceaux, pendant (très!) longtemps ou juste quelques jours, chacun fait son voyage à sa manière en vivant intensément. Mais que le Chemin ait été entier, morcelé, long ou court, chacun se retrouve inévitablement confronté à une autre étape du pèlerinage : le retour!

Surprise, surprise! Même s’il est négligé, le retour à la vie « normale » fait partie intégrante de n’importe quel voyage… Saint Jacques n’échappe pas à la règle!

Tout de suite, coup de projecteur sur cet aspect sous-estimé de Compostelle.

 

Une mutation majeure   ~   Inégaux face au retour   ~   Quoi qu’il arrive, des étapes à passer

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Une mutation majeure

Avant, les choses étaient claires dès le départ. Si tout se passait bien, un aller impliquait un retour. Tout voyageur allant de A vers B savait qu’il devrait aussi faire le chemin de B vers A. Vous me direz qu’aujourd’hui aussi, tout le monde s’occupe de son retour. Oui mais!

Autrefois

… le pèlerin rentrait par le même moyen avec lequel il était arrivé. Son pèlerinage prenait peut-être fin à Compostelle, mais lui devait encore faire tout le trajet dans le sens inverse pour rentrer! S’il venait à pied, il repartait à pied. Et s’il mettait 3 mois à aller, il mettait aussi 3 mois à revenir. Autant dire que le retour était clairement et très consciemment considéré comme une partie du pèlerinage tout aussi importante que l’aller. Cela permettait d’ailleurs de bien préparer et intégrer le retour de voyage. Tout un cheminement externe et interne pour rentrer, une sorte d’atterrissage en douceur dans la vie « normale »!

Aujourd’hui…

… nous allons toujours pleinement à l’aller, mais l’étape du retour passe quelque peu à la trappe. Nous prenons le temps d’aller à Compostelle à pied, en vélo ou à cheval, mais nous rentrons rapidement en voiture, en bus, en train ou en avion. Nous mettons parfois des mois à y aller, mais nous expédions le retour en un claquement de doigt. Certes, rentrer reste incontournable, mais cette étape du voyage est souvent considérée comme une formalité ennuyeuse à gérer. Qu’à cela ne tienne, le retour nous le rend bien. Plus de considération pour le retour, plus de préparation ou d’intégration de ses effets en douceur. Nous rentrons vite en court-circuitant le cheminement du retour, une sorte de crash violent dans la vie « normale ».

 

Inégaux face au retour

Vous me direz encore, tout le monde ne réagit pas si négativement au retour. C’est vrai! Certains rentrent sans problème en étant même plutôt heureux alors que d’autres vivent très mal leur retour. Certains rentrent en avion sans problème alors que les originaux qui effectuent leur retour à l’ancienne peuvent avoir du mal à atterrir… (Ces dernier sont rares, très rares, mais chapeau bas à eux-elles!) De toute évidence, tout le monde ne gère pas son retour de la même façon!

Conscience du retour

finDe manière générale, intégrer consciemment ou inconsciemment la phase du retour à son voyage aide à mieux le gérer. Je ne parle pas de réserver un vol ou un train, mais de faire une place spirituelle au retour dans l’espace même du voyage (au sens, intérieur; non matériel). Ceux qui partent en « vacances » sur le Chemin ont rarement un gros blues de retour. Ils savent très bien qu’il rentreront une fois le trajet ou le temps imparti terminés. D’autres peuvent commencer à rentrer avant même d’être arrivés. Ils entament leur retour intérieurement avant d’atteindre Compostelle, en refaisant de la place à leur vie « normale » dans leurs pensées.

Lâcher-prise

Le degré de déconnexion avec la vie « normale » et ses habitudes influence aussi la gestion du retour. Plus le décrochage a été important, plus le raccrochage peut être violent. On constate par exemple que rentrer d’un voyage court (définition relative) est généralement plus facile que rentrer d’un long pèlerinage. Lâcher-prise sur sa vie « normale » prend du temps et un voyage court ne laisse pas forcément le temps d’y arriver en profondeur. Certains peuvent aussi voyager longtemps sans pour autant laisser leur vie « normale » en suspens pendant leur pèlerinage…

 

Quoi qu’il arrive, des étapes à passer

Tout le monde passe par différentes étapes pour intégrer son voyage et son retour. Qu’on s’en rende compte ou non, revenir est un processus à part entière: nos modes de transports modernes et rapides ont tendance à nous le faire oublier. Une fois le pèlerinage terminé, nous montons dans un avion (ou autre) et hop! Nous voilà revenu presque instantanément à notre point de départ. Si les choses étaient si simple, tout irait bien. Sauf que…

Retour différé

santiago-inverse-retourIl semble de toute évidence que malgré nos retours faciles et rapides, notre tête a un peu de mal à nous suivre! Rentrer de voyage, c’est d’abord un peu comme si notre corps montait dans un avion et rentrait chez lui. Notre esprit, lui, reste dans la salle d’embarquement et rentre par ses propres moyens. Il continue à se balader pendant que notre corps fonctionne en pilote automatique chez nous pour assurer les tâches du quotidien. Curieusement, l’esprit semble mettre autant de temps pour rentrer que nous (tout entier) en avions consacré au voyage…. Peut-être rentre-t-il à l’ancienne? Quoi qu’il en soit, l’esprit rentre tranquillement, le corps attend… Rentrer, au départ, c’est un peu ça. C’est attendre que notre esprit rejoigne notre corps.

Retour agité

Le problème dans le retour, c’est que l’esprit finit aussi par rentrer et rejoindre le corps, qui lui est rentré depuis longtemps. Deuxième étape! La réunification est difficile, c’est un peu comme si corps et esprit se réveillaient d’un doux rêve pour prendre conscience de la réalité qui les entoure. C’est le moment où nous trouvons que tout va mal, que tout est nul, que tout est déprimant… Et que nous serions tout de même largement mieux sur Saint Jacques que (re!)coincés à la maison! Coup de blues, nostalgie, petite (ou grande) dépression, il n’y a rien à faire. Juste accepter cet instant pas très marrant, tenir le coup, s’occuper, faire quelques éventuels ajustements et attendre que l’orage passe

Retour apaisé

2010-fisterra-pilonecar il passe! Le tout est de ne pas se complaire dedans. Le moral et la vie, c’est comme une drôle de balançoire. Parfois ils sont en haut, parfois ils sont en bas. Ils ne se balancent pas forcément régulièrement (pas de loi de la pesanteur pour eux!), mais ils se balancent. Et ce qui est bien, notez-le bien, c’est que même s’il y a des bas dans une balançoire, il y a aussi le double de hauts! Encore une fois, le tout est de ne pas se coincer en bas…

La dernière étape du retour passe comme un lettre à la poste, parfois sans qu’on s’en rende compte. Le moral reprend son cours vers le haut, l’agitation des retrouvailles corps-esprit s’est apaisé. La vie s’est rééquilibrée, nous repartons vers de nouvelles aventures!

 

Car rentrer ne veut pas forcément dire « revenir à l’exact même que nous étions et que nous vivions » . Rentrer, c’est intégrer le Chemin parcouru à sa vie et continuer son bonhomme de chemin de plus belle… Comme le disent si bien les pèlerins, Ultreïa e suseia, toujours plus haut, toujours plus loin!

 

Et vous? Comment êtes-vous rentrés? Avez-vous été surpris par votre retour? Trouvez-vous que vous avez traversé des étapes similaires? 😉

 

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6 Commentaires

  1. Isabelle

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour votre texte, celui-ci m’a aidé au retour de Compostelle. J’ai compris qu’il pouvait être normal de vivre beaucoup d’émotions au retour et je me suis sentie moins seule.

    Buen Camino 🙂

    Isabelle

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    1. Marion (Auteur de l'article)

      Bonjour Isabelle, merci pour ton retour. Je suis heureuse que mon texte ait pu t’aider un peu! Nous sommes si nombreux à avoir des difficultés à vivre nos retours et à penser être les seuls à traverser ces moments… ce qui n’est pas le cas! Tu n’es pas seule et ça va aller mieux 🙂 Courage et pensées à toi, buen Camino! 🙂

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  2. Claudine Andrivot

    Bonsoir,
    Merci pour ce texte.
    Je suis allée deux fois à Compostelle et suis rentrée en train et en avion, mais c’était prévu à l’avance et je n’ai pas éprouvé de réel problème au retour sinon l’idée que le retour me manquait. La troisième fois, en septembre 2015 je suis partie par divers chemins : Rocamadour/Agen / Arzacq/Pau/Oloron, Jaca/Puente la Reina/Leon puis descente vers le camino de la Plata pour arriver à Santiago par le sud (ah le camino Sanabres, une merveille! en sachant que j’allais revenir à pieds (bon, par le camino frances parce qu’il est plus facile à prendre à l’envers). J’ai vraiment eu l’impression de terminer mon pèlerinage.
    Pas si facile le retour en Espagne car voyageant sans GPS et sans carte détaillée je me suis bien « perdue » plusieurs fois par jour notamment dans les villages et dans certaines villes. Je suis arrivée chez moi en décembre sans problème après presque 4 mois de voyage, je n’avais jamais fait cela de ma vie! Après ce voyage aller/retour j’ai eu enfin l’impression d’avoir fini mon pèlerinage et j’ai eu beaucoup de choses à faire, mais il s’avère que près de deux ans après je commence à avoir envie d’y retourner, affaire à suivre…
    Je suppose qu’il doit y avoir beaucoup de monde à SJPDP à l’heure actuelle et que tu dois pas mal travailler!
    Claudine

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    1. Marion (Auteur de l'article)

      Merci pour ton commentaire 🙂
      Ouiii! Le Camino Sanabrés est super! Et dis donc, un retour à pied: chapeau! Pour avoir fait une étape à l’envers, j’imagine la difficulté de faire tout le Chemin à contre-sens 😉
      Je trouve plus facile de rentrer quand on a le sentiment (même inexplicable!) d’avoir clos son Chemin… Ce qui n’empêche pas d’avoir envie d’y retourner plus tard, comme tu le dis!
      SJPdP est plutôt calme en ce moment en fait… Le mois de juin l’est toujours, comparé à mai qui est un des mois les plus animés (avec septembre) et aux vacances, où les touristes rejoignent les pèlerins. Un peu de répit entre 2 vagues 😉

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  3. Guy Vermette

    Merci pour ce texte sur un sujet précieux de l’expérience de Compostelle. Mon retour de ma première expérience de Compostelle en 2013 s’est fait très lentement. J’étais parti pour faire l’apprentissage de la lenteur…mais comme première étape d’un tour du monde qui a duré 12 mois. Simplement! L’esprit du Chemin m’a habité tout au long entretenu par une présence à soi, une nature inspirante et des expériences de recueillement en Abbayes de Provence, en monastères en Grèce, en Ashram en Inde et en temple Shangon au Japon. À mon retour au Québec, habité de tant de gratitude du voyage d’une vie, je me suis engagé comme bénévole à l’Association Québec à Compostelle pour, entre autres choses, animer des ateliers portant sur l’adaptation au retour de Compostelle.

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    1. Marion (Auteur de l'article)

      Merci Guy pour ton commentaire 🙂 Oui, Compostelle et les pèlerinages changent la vie, et pour longtemps… Ton tour du monde a du être terriblement passionnant et ton expérience doit sans aucun doute servir les pèlerins venant à l’association. Bonne continuation à toi, en gardant l’Esprit de Chemin vivant en toi et à travers toi!

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