Marcher seul: 5 peur qui vous retiennent et comment les dépasser

Facebooktwittergoogle_plus

Marcher seul. Rien que l’idée fait peur… Pas la peine de le nier, je vous vois trembler derrière votre clavier! On peut toujours trouver tout un tas de bonnes raisons de ne surtout pas marcher en solitaire. Pourtant, voyager seul est une expérience incroyablement riche. Pour ma part, j’adôôôôre marcher seule! Heureusement d’ailleurs, car tous mes Chemins ont commencé en solitaire!

Marcher seul, à tenter absolument! Même pour quelques kilomètres seulement (ou quelques heures, pour les plus courageux!). Et pour vous convaincre de tenter le coup, voici tout de suite la liste des bonnes raisons mauvaises excuses de rester groupé, suivi des contres-arguments pour lâcher (quand même) vos compagnons!

 

marcher seul

 

N° 1: « Mais… je risquerais ma peau en étant seul-e! »

danger pelerin

Danger pèlerin ou pèlerin dangereux?

C’est vrai, le risque zéro n’existe pas. Mais soyons réalistes et honnêtes: en vérité, le risque zéro n’existe pas du tout! Le monde n’a jamais été sûr et d’ailleurs, vivre non plus. N’importe quoi peut arriver n’importe où, mais la sécurité relative de nos pays à tendance à nous le faire oublier. C’est évidemment moins vrai depuis les sinistres événements qui s’enchaînent actuellement, mais malgré le terrorisme, la France est l’Espagne sont des pays plus sûrs que la Syrie ou la Colombie et leurs campagnes sont toujours paisibles. Touchons du bois et des coquilles pour que cette sécurité continue!

Alors, certes, voyager seul signifie prendre un risque. Mais pas plus grand que de voyager tout court ou même de sortir de chez soi. Voyager seul signifie être entièrement responsable de ce qui arrive, dans le bon comme dans le mauvais. Le voyageur solitaire est donc une personne lucide et réfléchie, qui agit avec conscience et prudence: il prévient ainsi les ennuis et les accidents. Et lorsque les problèmes arrivent, il a déjà anticipé des solutions et sait comment les gérer. (En général, avec calme.)

Enfin, Compostelle est un itinéraire préservé et si un accident peut toujours arriver, la marche reste une activité à faible risque. Deux raisons plutôt solides de penser que les pèlerins avisés n’y sont pas en danger de mort.

Votre peau est plutôt en sécurité sur le Chemin. Les amoureux des risques préféreront les zones instables comme la banquise, les zones de guerre ou les quartiers chauds de France by night.

 

 

N°2: « Mais s’il m’arrive quand même quelque chose, je mourrai seul-e et oublié-e du monde« 

Se retrouver à survivre en conditions extrêmes et dépérir loin de la civilisation, le cauchemar du voyageur solitaire. Pourtant, à moins d’être téméraire, de chercher les ennuis ou d’être littéralement maudit, il est vraiment très très très très (… je continue?) improbable que ça arrive sur Saint Jacques!

Les chemins sont sûrs dans leurs ensemble: les passages dangereux sont rares, connus et annoncés. En général, ils sont situés en zone de montage ou le long des routes. Les pèlerins sont prévenus bien avant d’y arriver, par les guides, les locaux et les panneaux. Quant à mourir en zone sauvage isolée, cela implique nécessairement une zone sauvage et isolée… Malgré de magnifiques morceaux de nature préservés, de tels endroits n’existent plus en France et en Espagne. La civilisation est présente partout, réduisant les zones retirées à bien peu de chose. Les chemins sont en plus bien fréquentés. Les voies principales sont même suffisamment (sur)peuplés pour que ces genres de désagréments soient totalement impossibles en saison. Les passages délicats sont surveillés et l’isolation prolongée est inexistante.

Marche arriere

Sachez voir les signes… et les suivre!

Encore une fois, le voyageur solitaire est prévenant et anticipe les problèmes. Mais quand quelque chose lui arrive sur un chemin de Saint Jacques, il sait que le plus souvent, il trouvera assistance auprès des pèlerins qui arriveront immanquablement sous peu.

Et puis, sérieusement, qui voyage encore sans portable? Jusqu’à présent, je n’ai jamais rencontré un total déconnecté en Chemin. Cet individu pourrait de toute manière en emprunter un au premier pèlerin qui passe. Et avoir suffisamment de réseau pour appeler à l’aide, même au milieu de nulle part.

Sur Compostelle, vous n’êtes jamais assez seul-e-s pour mourir isolé-e s’il vous arrive quelque chose. Pour atteindre cet objectif, préférez l’Alaska. Ou la Sibérie, le Sahara, l’Amazonie, le Pôle Nord. Ailleurs que Saint Jacques, quoi!

 

 

N°3: « Mais je suis une femme, une proie faible et fragile dans ce monde de brutes… »

Aïe, pauvres de vous de nous! C’est sûr, le sexe faible ferait mieux de rester bien en sécurité à la maison! J’entends déjà la foule me huer… D’accord, j’admets être provoc’ et je reconnais que chez nous, les femmes ont une vie plutôt libre et agréable. N’empêche! Si on admire les femmes qui voyagent seules et pas les hommes, c’est bien parce qu’au fond, on imagine leur place ailleurs que sur les routes. Il faut être aveugle ou du sexe fort pour penser que l’égalité des genres existe. Les inégalités sont moins flagrantes dans les pays occidentalisés que dans d’autres régions du monde, mais la sape féminine y est en vérité une dynamique plus insidieuse.

Je ne suis ni aigrie, ni féministe, mais je ne compte plus les femmes que j’ai rencontrées qui ont imprimé en elle ce concept de sexe faible… Et vous, y croyez-vous? Pensez-vous sincèrement être moins capables que les hommes? Allez-vous laisser un concept archaïque définir qui vous êtes?

une femme hommes danger

Dangereuses brutes? Fratrie attentionnée!

Homme et femmes sont différents, une réalité pour le mieux. Nous nous complétons, et en substance, nous sommes les mêmes: si le monde est un monde de brutescela est vrai pour nous tous. Les hommes aussi ont parfois des sueurs froides en sortant de chez eux! Leur avantage est que pour l’heure, les valeurs masculines sont largement dominantes sur la planète: forcément, ils y sont rois.

Si vous espérez obtenir la bénédiction d’un système patriarcal pour agir selon vos idées, vous allez attendre longtemps. Celui qui part faire le tour du monde est un aventurier, celle qui l’imite est une inconsciente. Sachez pourtant que, quoi qu’il se dise, le monde appartient aussi aux femmes. Les féministes et les aventurières du passé ont gagné leurs droits et le respect du monde en n’en faisant qu’à leur tête. Asseyez-vous sur les principes et le qu’en-dira-t-on et partez profiter du monde à votre tour, il en profitera en retour!

Tout ceci étant dit, la voyageuse n’est pas une tête de linotte. Elle part, certes, mais elle est hautement consciente des réalités. Seule ou accompagnée, elle garde la tête froide, utilise de son intuition, redouble de prudence et de préventionCompostelle est en fait une destination idéale pour une première expérience seule (ou une récidive sans prise de tête)! Les challenges d’un voyage en solitaire seront là et vos convictions seront forcément éprouvées, mais dans un environnement sympathique et bienveillant.

Mesdames et mesdemoiselles, Compostelle est l’endroit idéal pour dompter votre éducation et vos peurs: n’hésitez plus. Si le rôle du sexe faible vous convient… préférez alors cuisiner les Saint-Jacques plutôt que de les balader sur votre sac!

 

 

N°4: « J’ai besoin de compagnie, sinon je m’ennuie à coup sûr! »

Nous sommes tellement habitués à courir partout et à être de toutes les batailles qu’une fois débarrassés de nos obligations, nous n’avons qu’une envie: ne rien faire! Dans le langage courant, on appelle ça le week-end ou les vacances: des jours idéalement fait pour se re-po-ser. Mais une fois l’énergie retrouvée et au bout d’un moment d’inactivité, le temps semble mortellement long et vide. L’ennui dans toute sa splendeur! C’est en général là que nous cherchons n’importe quel prétexte pour remplir notre emploi du temps, avec des ami-e-s ou des activités variées. Nous n’aimons pas les temps morts et nous avons du mal à les remplir seuls, d’où notre besoin d’agitation et de compagnie. Voir même de retourner au travail quand nous en avons assez!

S’ennuyer en voyage est également possible si on l’envisage comme un tour operator. On part dans ce genre de séjour pour ne rien faire et on s’y retrouve… à ne rien faire! Et à s’ennuyer: s’ensuivent participation à toutes les activités proposées et compagnie incessante, suivi du retour au quotidien, fatigués mais satisfaits d’avoir bien rempli ses vacances. Alors, forcément, partir sur Compostelle fait penser au cycle inactivité-ennui. On y va pour marcher et rien d’autre. Pas d’activité distrayante, le seul échappatoire est donc la compagnie.

Pourtant, il est possible d’apprendre à aimer l’inactivité, et à aimer être seul. Sans s’ennuyer! Saint Jacques est justement un moyen privilégié d’y arriver. On ne fait que marcher, mais cette activité seule est bien suffisante pour s’occuper pendant des heures. Il suffit d’être présent à notre marche pour découvrir les mondes qui s’offrent à nous. Ce qui nous entoure, d’abord: la faune, la flore, les 1001 détails d’un paysage qui change avec chaque pas, le silence, le bruit du monde et parfois même son âme.

panoramique voie arles

*Baaaâââââaâaâillement*  Wow… quel ennui ce paysage!

Ce que nous sommes, ensuite: une machine merveilleuse qu’on regarde comme pour la première fois, en réalisant qu’on n’y a jamais vraiment prêté attention. Ce qui est en nous, enfin: un univers entier que nous portons et qui n’a jamais fini d’être exploré!

Saint Jacques, un moyen privilégié de marcher seul et d’aimer ça, sans besoin de compagnie ou d’activités incessantes. Pour vous ennuyer, prenez plutôt des vacances!

 

 

N°5: « J’ai peur d’être avec moi-même, cet effrayant-e inconnu-e… »

Ohoh! Voilà un argument bien plus profond que les autres… Car oui, marcher seul, c’est être en sa propre compagnie. Le problème est que d’habitude, on de prend pas le temps d’être avec nous-même, sans interférences. Le jour où on se retrouve à mettre le nez en soi, une seule réaction s’impose: s’écrier « Mon Dieu, quel bor*** bazar là-dedans! » et aller vite voir ailleurs. Les parades sont d’ailleurs nombreuses: travail, activités, musique, films, lectures, téléphone… Notre univers entier nous aide à nous assurer un emploi du temps bien chargé et à nous éviter tout temps mort qui nous obligerais à nous regarder en face! Dommage, car sous la (les!) couche(s) de désordre se cache un charmant personnage qui ne demande qu’à être découvert

Ombre intérieur

Découvrir l’ombre en soi, en faire son ami-e

Se retrouver seul avec soi-même après si longtemps à éviter sa propre compagnie, c’est un peu comme entrer dans une maison immense qui n’a pas été entretenue pendant des années. Avant de pouvoir en profiter, il faut d’abord ranger et nettoyer. Rien de très excitant dans cette perspective, il faut bien l’avouer… Pourtant, faire le choix de remettre le récurage à plus tard, c’est s’assurer encore plus de poussière et de désordre à venir. Heureusement, comme pour le ménage, une fois les manches relevées et la tâche commencée, le chantier s’avère souvent moins catastrophique qu’à première vue. On s’occupe d’une chose à la fois et, sans s’en rendre compte, la remise en état progresse. Certes, certains travaux sont désagréables ou même douloureux, mais on se porte mieux une fois qu’ils ont tout purifié.

Se retrouver seul dans un environnement bienveillant comme Saint Jacques est une chance de faire son propre ménage intérieur dans des conditions plutôt agréables. Marcher aide également à ce décrassage: le mouvement du corps reflète le mouvement de l’esprit, vers le neuf, vers l’avant. Être seul devient un plaisir plutôt qu’une corvée, un moment agréable qu’on aura vite fait de rechercher! De plus, se retrouver est bien plus simple et rapide que de s’organiser un emploi du temps d’enfer. Se redécouvrir comme un ami agréable et non comme un inconnu inquiétant est un des plus beaux cadeaux que peut offrir la solitude en Chemin

Compostelle est l’opportunité de purifier son être intérieur et d’en faire son meilleur allié… qui pourrait refuser de rencontrer l’homme (ou la femme) de sa vie?

Bon! Qu’en dites-vous? Si vous avez des doutes quant à marcher seuls, souvenez-vous: c’est principalement votre décision! Le Chemin est un endroit sûr et protégé. Il y aura toujours du monde pas très loin qui vous permettra d’être seuls sans être seuls. Il n’y a aucune raison de rester seul tout le temps. Si marcher seul vous semble être une idée folle, faites moi confiance sur ce coup: c’est en fait une bonne idée et une expérience au-delà des mots.

Vous êtes-vous déjà senti chez vous n’importe où dans le Monde? Si béni et protégé que vous pouviez sentir les anges marcher à vos côtés? Avez-vous déjà senti une telle liberté et un tel lien avec le Monde que votre corps semblait se dissoudre dans l’Univers? Avez-vous déjà senti votre cœur être plein d’un tel amour et du’un telle gratitude que vous ne pouviez pas vous empêcher de pleurer? La solitude et le silence sont des moyen d’y parvenir… des moyens accessible à tous!

La solitude n’est pas à craindre, c’est un état de grâce. Nos objections sont à écouter, elles sont la voix de nos peurs. Nos peurs sont à apaiser avec amour, elle peuvent nous mener à la paix. Quand vous serez prêts, je vous l’assure, ça en vaudra vraiment la peine!

Et maintenant, partageons un peu! Pour vous, être seul-e-s, corvée ou plaisir? Prêt-e-s pour l’expérience ou pas tout à fait? Déjà fait ou évité? Cet article vous a-t-il inspiré à essayer un peu de marche solitaire?

Ce article est également disponible en English.

Facebooktwittergoogle_plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *