La sobriété heureuse, essence du Chemin

Parmi ce qui fait le succès de Saint Jacques, une valeur montante de nos société: le retour à la simplicité et à l’essentiel. L’austérité est emprunte de tristesse. La sobriété heureuse, au contraire, est une tendance qui se vit avec joie et conscience.

Partir en Chemin, c’est s’engager (consciemment ou non) pour un voyage au cœur de la sobriété heureuse

Dans cet article
La sobriété heureuse, qu’est-ce que c’est?
Un art de vie au cœur du Chemin
Oui, mais…
En quête de sobriété heureuse

coquille fisterra sobriété heureuse

La sobriété heureuse, qu’est-ce que c’est?

La sobriété heureuse est un art de vie qui affirme qu’on peut vivre bien et être heureux avec peu. Dans le monde d’aujourd’hui et dans nos sociétés occidentales en particulier, c’est une idée à fort positionnement politique! Suggérer que la consommation, l’argent et la compétition n’apportent ni satisfaction ni bien-être, c’est aller à contre-courant de la dynamique actuelle…

La sobriété heureuse, c’est une attitude et une éthique de vie. C’est préférer l’enrichissement intellectuel et spirituel à l’enrichissement matériel. Choisir des relations humaines harmonieuses et coopératives plutôt que la compétition et l’individualisme. Centrer sa vie sur des valeurs saines pour soi et le monde qui nous entoure. Être conscient de son appartenance au monde et de la place qu’on y occupe. Toutefois, attention! Sobriété heureuse ne rime pas avec vivre en ascète ou en moine!

Dit simplement, la sobriété heureuse, c’est… 1) Avoir conscience de ce qui est essentiel, juste et sain dans la Vie. 2) Vivre en accord avec cette conscience, simplement et respectueusement. 3) Être heureux et avec le cœur en joie de vivre ainsi!

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Un art de vie au cœur du Chemin

Partir en pèlerinage sur Saint Jacques est une démarche qui correspond tout à fait à la dynamique de la sobriété heureuse. Le pèlerin quitte sa vie « normale » et se dépouille pas après pas, jusqu’à toucher l’essentiel et en vivre avec joie.

Lâcher le superflu commence avec la préparation et la gestion du sac… La sobriété est de mise pour éviter d’emporter des tonnes d’affaires sur son dos! Il s’agit de considérer tout ce qu’on souhaiterais emporter: faire le tri entre le véritable essentiel et l' »essentiel » répondant à la peur du manque. Le pèlerin lâche prise sur le matériel et la (fausse!) sécurité qu’il lui procure… La sobriété est également une attitude intérieure qui se construit pas à pas. Le pèlerin apaise ses pensées, soigne ses blessures de vie et retrouve la simple joie d’être.

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Conséquence visible de tout ce remue-ménage extérieur et intérieur, l’allègement du sac des pèlerins! A mesure que Compostelle approche, les sacs se vident… comme par magie! Arrivé sans affaires (ou presque), le pèlerin sait alors que la sobriété n’est plus un inconfort à craindre, mais une simplicité à rechercher et à apprécier.

La vie sur Saint Jacques est aussi une application pratique et constante de la sobriété heureuse. Les valeurs que les pèlerins y retrouvent et apprécient sont les siennes. Réduire la consommation et l’importance de l’argent, valoriser les échanges humains et la solidarité, redécouvrir et cultiver la joie d’une vie simple… Le Chemin permet d’apprendre (réapprendre!) à être, être bien et être satisfait avec peu.


Oui, mais…

A présent, vous avez certainement envie de me dire que cette vision du pèlerin et du Chemin est un peu idyllique. Oui, c’est vrai… Par les temps qui courent, Saint Jacques semble bien manquer de cette sobriété. La popularité du Chemin en a fait un lieu comme un autre, quasi identique à la vie « ordinaire ». On peut en effet esquiver le tri du superflu grâce aux bagagistes; bénéficier de services égaux à ceux du quotidien dans les infrastructures d’hébergements et de restauration; rester en contact permanent avec « le monde » grâce aux télécommunications. Il est même possible de se passer de la fatigue d’un voyage à pied: on peut aujourd’hui consommer le pèlerinage comme en vacances organisées.

Les itinéraires les plus populaires sont très facilement touchés par un manque de sobriété. Le Camino Francés et la voie du Puy-en-Velay sont de parfaits exemples de l’abondance et des excès superflus qui fleurissent sur les Chemins… Sur le Camino Francés en particulier, il peut être très difficile de voyager sobrement. L’environnement, l’ambiance et la démarche des autre pèlerins peuvent en effet être à l’exact opposé de la sobriété! Les valeurs, la simplicité ou même les liens humains peuvent même y être mis à mal…

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Bien sûr, tout pèlerin qui quitte son confort et part en Chemin goûtera avec satisfaction à une vie un peu plus sobre que son quotidien. Cependant, les facilités qui l’entourent lui rendront difficile de saisir la pleine profondeur de la véritable sobriété et de la joie qui l’accompagne. Après avoir réalisé les Chemins populaires, certains pèlerins sont surpris de découvrir les caractères simples, paisibles et éventuellement rustiques et spartiates des autres itinéraires de Saint Jacques. Serait-ce preuve en plus du manque de sobriété des Chemins populaires?

Malgré ce constat un peu sombre, une certitude me fait croire que la sobriété heureuse en Chemin n’est pas qu’une utopie. Vivre Saint Jacques simplement est toujours possible, quel que soit le Chemin choisi! La sobriété heureuse est un art de vivre qui s’exprime avant tout en nous-même. Si cela est bien établi, personne ni aucun environnement excessif ne pourra l’effacer!


En quête de sobriété heureuse

Facile à dire, mais la sobriété n’est pas un exercice évident. C’est un véritable processus qui peut prendre du temps. Avant de se satisfaire de l’essentiel, il faut d’abord avoir élargi sa conscience et apprivoisé le « peu » d’une vie simple.

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La sobriété heureuse véritable n’existe qu’à partir du moment où on a plaisir à vivre de peu. Cela sous-entend de dépasser les peurs (manque d’abondance, de confort) et la flemme (faire et avoir facilement, tout de suite) qui dirigent et caractérisent nos vies « normales ». Vivre de peu est craint et dévalorisé dans nos sociétés. Ceux qui vivent ainsi y sont souvent contraints et en souffrent: nous avons par conséquent fait l’association abondance matérielle = vie heureuse. D’un autre côté, l’habitude de satisfaire nos besoins sans effort ou sans effort apparent est une caractéristique de nos vies quotidiennes. Difficile de renoncer à cela, car vivre sobrement peut demander un certain effort auquel nous ne sommes plus habitués! La sobriété demande un certain lâcher-prise!

Partir sur les Chemins de Saint Jacques est une expérience qui facilite l’entrée dans la sobriété. Par la force des choses, le pèlerin revient à l’essentiel: il expérimente les vertus d’une vie plus simple sans souffrir de manque. Il réapprend la valeur de l’effort et de la satisfaction qui l’accompagne. Ne tient qu’à lui de lâcher-prise sur ses habitudes et ses peurs, d’ouvrir les yeux sur tout ce qui l’entoure. Le pèlerin de Compostelle constate presque malgré lui la joie d’une vie simple et l’abondance du « peu ».

Gratitude et recherche de simplicité sont les marques d’une sobriété heureuse accomplie… Avant de l’expérimenter, la sobriété semble difficile et austère. Après l’avoir vécue, revenir en arrière paraît impossible! La nostalgie de la vie simple du Chemin n’est-elle pas une raison de la déprime post-Compostelle qui frappe les pèlerins?!?


Et vous, imaginez-vous que vous vivrez plus simplement en Chemin? Sentez-vous avoir expérimenté la sobriété heureuse en allant à Compostelle? Cela vous manque-t-il depuis votre retour? 😉

2 réflexions sur “La sobriété heureuse, essence du Chemin”

  1. Bonjour, je uis tout a fait d’accord avec votre analyse; J’ appris sur le Chemin a me dépouiller; et il y a eu des répercussions surma vie après;
    merci;

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